Un avenir pour le télétravail après la pandémie ?

par | Avr 20, 2022 | Technologie

Mesure préconisée pour endiguer la pandémie de covid-19, le télétravail a connu une progression fulgurante ces dernières années.

Toutefois, l’obligation du télétravail et la quasi-totalité des mesures anti-covid ayant été levée par le Conseil fédéral depuis plusieurs mois déjà, en date du 3 et 17 février 2022 respectivement, on peut s’interroger sur la place qu’occupe désormais le télétravail dans le monde du travail suisse.

Ce modèle peut-il perdurer au sein des entreprises maintenant que la distanciation sociale n’est plus nécessaire ?

Il est pertinent d’explorer aujourd’hui la question du télétravail dans une société poste-pandémie autour de différents thèmes, pour juger s’il s’agit ou non d’un modèle viable pour les entreprises et salarié·e·s.

Définition du télétravail

Le télétravail permet d’exercer son activité professionnelle en dehors des locaux de l’employeur. Le travail peut s’effectuer de manière permanente ou occasionnellement, à distance de son lieu de travail. Il est le plus souvent réalisé depuis son domicile en utilisant les technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que divers outils numériques.

Le travail peut également s’effectuer indépendamment d’un lieu déterminé, dans ce cadre-là il n’y pas de lieu de travail fixe. En déplacement, depuis un espace de travail partagé, appelé communément espace de coworking ou encore en bureau satellite situé dans une autre ville ou pays. Du moment que le travail est effectué à distance d’une entreprise, on peut alors parler de télétravail.

Première approche du télétravail

Le concept de télétravail émerge dans les années 50 avec Norbert Wiener, père fondateur de la cybernétique, lorsqu’il supervisa les travaux d’un bâtiment américain depuis l’Europe à l’aide de moyens de transmission de données.

Par la suite, l’apparition du fax et du téléphone dans les années 70 donne naissance à l’expression anglaise « Telework », parue pour la première fois dans un article du Washington Post en 1972.

Dès les années 90, le travail à distance devient possible grâce à l’arrivée des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Un ordinateur et une connexion à internet suffisent alors pour faire du télétravail.

Émergence du télétravail en Europe

Avant la pandémie, avec un taux inférieur à 10%, la pratique du travail à distance restait relativement basse dans l’UE.

En 2018, d’après le site d’Eurostat, les Pays-Bas (14%), la Finlande (13,3%), le Luxembourg (11,0%) et l’Autriche (10,0%) arrivent en tête du classement devant la France (6,6%), le Portugal (6,1%), l’Allemagne (5%), l’Espagne (4,3%) et l’Italie (3,6%).

Alors que la moyenne européenne révèle une proportion de (5,2%) des personnes actives âgées de 15 ans et plus, les pays de l’Europe de l’Est comme la Roumanie (0,4%) et la Bulgarie (0,3%) affichent les taux les plus faibles.

Graphe des statistiques eurostat 2018

Source: Eurostat

En 2020, pendant la pandémie de Covid 19, la moyenne des travailleurs·ses à domicile dans les États Membres a affiché une augmentation considérable pour atteindre une moyenne de 12,0%. Dans les pays où le niveau de télétravail est le plus conséquent, cette part a même dépassé les 20%.

Graphe des statistiques eurostat 2020

Source: Eurostat

Progression du télétravail en Suisse

Qu’en est-il du télétravail à domicile en Suisse ?

Le graphique ci-dessous donne un aperçu de l’évolution du télétravail en Suisse.

En 2001, selon l’Office fédérale de la statistique, moins d’un·e suisse sur dix a travaillé parfois depuis son domicile.

La pratique du télétravail a débuté bien avant l’épidémie de Covid 19. En 2015, par exemple, elle concernait surtout les employé·e·s travaillant dans le secteur d’activité de l’information et la communication. En effet, 50% des actifs·ves occupé·e·s dans ce domaine, ont pratiqué au moins occasionnellement du télétravail, suivi de près par la branche de l’enseignement dans laquelle 45% ont fait occasionnellement du télétravail.

Le taux de personnes qui adoptent habituellement le télétravail durant plus de 50% de leur activité reste très faible, puisqu’elles représentent seulement 4,3% en 2020.

Par contre, la catégorie de personnes qui effectuent du télétravail de manière occasionnelle affiche la plus forte augmentation en 2020 avec une part de 17,1 % de la population active occupée.

Durant la crise sanitaire, le nombre de personnes actives ayant pratiqué le télétravail a augmenté significativement dans tous les domaines, passant de 24,6% en 2019 à 39,6% en 2021.

Graphe des statistiques OFS 2021

Le télétravail sur l’impact environnemental

Réduire son impact environnemental est aujourd’hui une préoccupation majeure des entreprises. Un nouveau mode de fonctionnement des entreprises leur permettrait d’atteindre leur objectif de développement durable.

Un travail hybride, unissant travail à distance et travail au bureau présente une nouvelle opportunité pour les entreprises de diminuer leur consommation des ressources.

Certaines entreprises ont déjà adopté une nouvelle stratégie d’organisation de leur espace de travail en instaurant le flex office, littéralement « bureau flexible ». Dans ce mode de travail, les salarié·e·s ne disposent plus de postes fixes et choisissent un espace de travail mieux adapté en fonction du travail qu’ils ont à effectuer durant la journée.

Ce type d’organisation répond davantage aux besoins réels des employé·é·s qui peuvent ainsi privilégier les espaces les plus adaptés à leurs tâches du moment. Une atmosphère plus appropriée pour les missions qui demandent plus de concentration.

En reconsidérant leur aménagement intérieur, les entreprises participent à améliorer leur impact environnemental. En réduisant la surface des bâtiments, le mobilier, les postes de travail diminue également leur consommation d’énergie et de ressources.

De plus en plus de personnes sont préoccupées par les questions environnementales. Pour le·la salarié·e, moins de trajets entre son domicile et son lieu de travail participe à la diminution des rejets de gaz à effet de serre.

Ainsi, le télétravail serait un moyen autant pour les entreprises que pour les salarié·e·s de contribuer à une meilleure protection de l’environnement.

Dans le futur, les employé·e·s qui pratiqueraient le télétravail, pourraient privilégier des entreprises appliquant une démarche socialement plus responsable.

Mieux concilier travail et vie privée

À l’ère du numérique, la pratique du télétravail n’est pas encore entrée totalement dans les mœurs. Nous l’avons surtout découverte lors du confinement pendant la crise sanitaire. La question se pose alors : ce nouveau mode d’organisation du travail va-t-il se généraliser après la pandémie ?

La société est en perpétuelle évolution, le monde du travail et la vie sociale font partie intégrante de nos vies. Le télétravail peut-il aider à mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle afin de mieux développer le potentiel de chacun·e selon sa propre personnalité ?

Accorder une certaine flexibilité et autonomie permet de mieux organiser sa journée en fonction de son travail et de sa vie personnelle. Cela renforce également la confiance entre l’employeur et le·la· salarié·e et offre ainsi à l’employé·e· plus de satisfaction au travail.

Un horaire plus souple, en vue d’organiser davantage sa journée, facilite la gestion des rendez-vous personnels, ainsi les tâches nécessaires à la vie courante deviennent alors plus pratiques. Les demandes de congés, les absences et les retards sont ainsi également diminués.

Les télétravailleurs·euses sont plus performant·e·s lorsqu’ils·elles peuvent adapter leurs horaires de travail à leur style de productivité, au moment où celle-ci est la plus favorable. Certaines personnes effectuent un travail plus propice le matin et d’autres le soir.

Lorsque la productivité est en baisse, pouvoir dans cette période se servir de ce temps afin d’effectuer d’autres tâches et reprendre son travail ultérieurement permet une meilleure efficacité des employé·e·s.

De plus, le travail au bureau peut aussi être un lieu de distraction, entre les téléphones, les personnes qui communiquent entre elles, tout bruit ambiant peut être source d’inattention. En effet, certain·e·s salarié·e·s ont besoin de silence et de tranquillité pour pouvoir se concentrer, alors que d’autres personnes sont plus productives en travaillant depuis chez elles.

Le télétravail offre de surcroît un meilleur équilibre entre travail et vie personnelle. Les trajets entre domicile et travail peuvent représenter plusieurs heures par semaines. Source de stress et de fatigue, ce gain de temps économisé peut être utilisé pour accomplir d’autres tâches personnelles ou professionnelles.

Le télétravail demande de la discipline, il n’est certes pas fait pour tout le monde et devrait être un choix de la part de l’employé·e. Les travailleurs à distance doivent encore faire leurs preuves, afin de démontrer l’efficacité et les bienfaits du télétravail sur leur emploi.

Autre avantage pour les salarié·e·s, la généralisation du télétravail permettrait de choisir son lieu d’habitation en fonction de ses besoins. Déménager en dehors des villes en s’éloignant de son lieu de travail pour être en meilleure adéquation avec son mode de vie.

Le télétravail entraînerait donc un changement de mode de vie plus proche des besoins de chacun·e pour un meilleur épanouissement personnel. Dans ce cadre-là, les moments passés au bureau seront principalement consacrés à des tâches collectives et à l’homogénéité des équipes.

Un droit à la déconnexion

L’un des inconvénients majeurs du télétravail pour les salarié·e·s est que la vie professionnelle peut vite empiéter sur la vie personnelle. Pour éviter aux télétravailleurs·euses d’être joignables par leur employeur en dehors de leurs heures de travail, certains pays ont reconnu un droit à la déconnexion.

La France est la première à avoir intégré ce droit en 2017, dans son code du travail.

D’autres pays de l’UE comme La Belgique, l’Espagne, l’Italie et le Portugal garantissent également le droit à la déconnexion par la loi.

Dans le droit suisse relatif au contrat de travail, il existe déjà une distinction entre vie privée et vie professionnelle. Après la motion Mazzone (17.3201) déposée en 2017 et classée en 2019, une deuxième motion Reynard (19.4156) déposée en 2019 est également rejetée par le Conseil fédéral, qui juge pour l’instant pas nécessaire de légiférer sur la question du télétravail.

Puisque le droit à la déconnexion n’est pas encore en vigueur en Suisse, à partir de quel moment la vie professionnelle fait-elle irruption dans la vie privée ?

Afin d’éviter de mettre un frein au désir des salarié·e·s de travailler via télétravail, l’adoption d’une loi serait bénéfique si le télétravail devait occuper une place plus importante dans le monde du travail.

Télétravail et croissance économique

Le télétravail peut-il aider les entreprises à mettre en place une nouvelle stratégie afin d’implanter une croissance économique plus écologique ?

Le travail à distance permet aux employé·e·s d’économiser sur leurs dépenses quotidiennes. Moins de frais de déplacement, de parking, d’essence, d’entretien des véhicules, transports en commun, repas et garde d’enfant. Sans compter les économies de loyers réalisés si les salarié·e·s gagnent la possibilité de déménager à l’extérieur des villes.

Une réduction de ces frais pourrait contribuer à plus de pouvoir d’achat pour les ménages.

Les coûts engendrés par les entreprises pourraient sensiblement diminuer en appliquant le télétravail. Les économies réalisées par la diminution des différents coûts d’investissement associés à l’immobilier et au mobilier ainsi que tous les frais généraux (électricité, fournitures, entretien, etc.) pourraient par la suite être réinvesties dans l’entreprise.

Une plus haute satisfaction des employé·e·s augmente par ailleurs la performance des entreprises, et par conséquent, entraîne une augmentation du chiffre d’affaires.

Le télétravail contribue donc par ce biais à améliorer le recrutement en offrant une meilleure qualité de vie aux salarié·e·s et à favoriser l’embauche d’une main-d’œuvre plus âgée, grâce à la diminution des coûts.

Conclusion

En résumé, le télétravail présente différents avantages autant d’un point de vue environnemental et économique que du confort de travail, ce qui fait de lui un mode de travail qui aurait toutes les raisons de perturber au sein des entreprises et organisations.

Ces différents apports démontrent ainsi que le télétravail a en théorie toute raison de conserver sa place dans le monde du travail à l’avenir.

Cependant, le maintien du télétravail demandera un changement inévitable pour les entreprises et les employé·e·s afin de réaliser des améliorations à tous les niveaux.

Bien entendu, toutes les entreprises ne peuvent mettre en place le télétravail, notamment les entreprises de services. Chaque entreprise devra donc juger de la pertinence et viabilité du télétravail en son sein post-pandémie. Certaines préconiseront un retour au travail à 100% en présentiel tandis que d’autres opteront plutôt pour un modèle hybride mixant journées en présentiel et journées en télétravail. Les interrogations sur l’avenir du télétravail pourront donner lieu à des discussions intéressantes entre dirigeants et salarié·e·s afin de déterminer le mode de travail le plus adapté pour chaque individu·e.

La question du télétravail est somme toute l’une des nombreuses réflexions sur laquelle devront se pencher les entreprises ces prochaines années. À l’ère du numérique, les modes de travail et besoins des consommateurs continuent inévitablement de changer, amenant les entreprises à se réinventer pour suivre la cadence.

Sources

Office fédéral de la statistique. [En ligne]. 2022. Télétravail à domicile. Disponible : https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/culture-medias-societe-information-sport/societe-information/indicateurs-generaux/economie-nationale/teletravail.html#accordion1656929363119

Eurostat. [En ligne]. 2018. Personnes en emploi travaillant à domicile, en pourcentage du total de l’emploi, par sexe, âge et statut professionnel (%). Disponible :
https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/LFSA_EHOMP__custom_2233638/default/bar?lang=fr

Eurostat. [En ligne]. 2020. Personnes en emploi travaillant à domicile, en pourcentage du total de l’emploi, par sexe, âge et statut professionnel (%). Disponible : https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/LFSA_EHOMP__custom_2233682/default/bar?lang=fr

L’Assemblée fédérale – Le Parlement suisse. [En ligne]. 2017. (17.3201 MOTION) Déconnexion en dehors des heures de travail. Préciser le cadre légal pour accompagner l’évolution technologique du travail. Disponible :
https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20173201

L’Assemblée fédérale – Le Parlement suisse. [En ligne]. 2019. (19.4156MOTION) Outils numériques. Droit à la déconnexion. Disponible :
https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20194156

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